Le récit d’Henri Moysan

« C’est en 1955, que j’adhérais à l’UIJRF, l’ancêtre des Jeunes Communistes, et à la CGT. Je venais de terminer mon apprentissage aux Chantiers Navals, les ACB et j’intégrais l’atelier de Chaudronnerie, ceci en plein conflit « LES GREVES DE 55 ». A cette époque, le local de l’UJRF était situé en bas du marché de Talensac où nous allions vendre l’Avant Garde, ce fût mes premières actions militantes. En 1957, avec la délégation de Loire Atlantique, je suis allé au Festival de la Jeunesse à Moscou.

Je me souviens aussi de la Fête fédérale du Parti au parc de Procé à Nantes où nous tenions un stand.

En 1958 pour des raisons de justice sociale et de lutte contre la guerre d’Algérie, j’adhérais au PCF, bien sûr l’activité des communistes des Chantiers a aussi pesé sur mon adhésion. L’Huma était affichée tous les jours dans l’Atelier, je suppose que c’est impensable aujourd’hui. Après les 29 mois de service militaire, dont 24 en Algérie, nous avons été confrontés aux actions de l’OAS nous obligeant ainsi aux gardes de nuit dans nos locaux de la rue Fouré, et notre librairie, Le Livre Ouvert. C’était dur, dur, le lendemain au boulot.

En 1955, je suis viré des Chantiers avec plus de 500 collègues, c’était dans les premiers licenciements collectifs. Je retrouve du travail aux Batignolles où le Parti était très implanté ce qui m’a facilité mon intégration militante, syndicale et politique. Tous les mois, le Parti distribuait un journal spécifique à l’entreprise avec ses échos d’Ateliers, et à chaque numéro, nous organisions une collecte au drapeau.

En 1977, je fus élu conseiller municipal de Nantes. A l’annonce des résultats, ma joie fut mitigé, je me disais moi l’ouvrier chaudronnier, vais-je être capable d’assumer cette responsabilité ? Les mois qui ont suivi m’ont rassuré sur l’utilité d’un élu communiste. Étant l’un des représentants de la Ville au conseil d’administration de Nantes Habitat, mes interventions conjuguées aux actions des cellules, ont permis en 1980 de diviser par 2 l’augmentation des loyers.

Pendant mon mandat, une anecdote cocasse est survenue. Chaque samedi, les élus assuraient à tour de rôle, 15 à 20 mariages. Par pur hasard, j’ai marié la fille du Directeur de l’usine des Batignolles. Le lundi suivant, il me fit appelé à son bureau car il était très contrarié que ce soit un élu communiste qui ait marié sa progéniture. Et mon laïus avec son entrefilet sur la justice sociale lui avait fortement déplu, certainement un petit aspect de la lutte des classes.

A ma retraite, j’ai intégré la cellule des Dervallières où je suis domicilié. Dès mon arrivée, j’ai suggéré la publication d’un Journal de Cellule. En février 1994, le premier numéro vit le jour et n’a cessé de paraître. 3 numéros par an, 2500 exemplaires avec collecte au dernier numéro de l’année ; beaucoup de marches à monter à chaque fois. Ouest France commente le contenu de notre périodique et joint une photo de militants de la cellule.

Je voudrais souligner la solidarité dans le Parti et l’émotion que j’ai ressentie quand les camarades de la Section de Nantes m’ont apporté le fruit d’une collecte suite à l’incendie volontaire de ma voiture, participant pour plus d’un tiers à l’achat de ma twingo, et elle roule toujours !

Voici, résumé très brièvement plus de 65 ans de militantisme. Hier comme aujourd’hui, l’union est indispensable, mais ne soyons pas unitaires pour deux. Nos idées doivent être exprimées et notre drapeau doit toujours flotter. »